Face à face · Deux visions du métier
Face à Face - Paul Funck & Marc Kohll
Deux voix, une même passion : Paul Funck et Marc Kohll confrontent leurs visions du métier. Un dialogue essentiel entre l’engagement d’un viticulteur coopérateur et l’esprit entrepreneurial d’un vigneron indépendant.
Les questions
1. Quel a été l’élément déclencheur qui vous a orienté vers votre modèle, en tant que viticulteur coopérateur ou vigneron indépendant ?
2. De quelle manière votre choix influence-t-il votre quotidien, de la gestion des vignes à la philosophie de votre travail ?
3. Où se situe la plus grande liberté dans votre modèle ?
4. Face aux enjeux futurs, pourquoi votre approche est-elle la plus adaptée à votre vision du métier ?
Le viticulteur Paul Funck
1. Dès mon plus jeune âge, j’ai travaillé la terre avec mes parents, forgeant ma passion pour la vigne. Une vocation qui guide mes 30 ans de métier. Sur mes 15 hectares, ce choix du terrain a rendu le modèle coopératif évident. Inspiré par mon père, je m’engage pour faire bouger les choses de l’intérieur : d’abord président des Jongwënzer, puis membre du comité des caves de Grevenmacher et du conseil d’administration des Domaines Vinsmoselle. Face à la crise actuelle du secteur, notre pays exige une coopérative forte ; sa taille est un atout vital surtout à l’export.
2. Conjuguer le terrain avec mes fonctions de gestion exige une organisation rigoureuse, mais m’offre un avantage stratégique. Présider la fédération et recevoir les informations de Bruxelles me permet d’agir proactivement. Face aux coûts salariaux élevés et aux vignes en pente, mon quotidien refuse le vin de masse au profit de l’excellence. Cela m’incite à défendre notre identité unique : des blancs frais et fruités, ainsi que le crémant de Luxembourg, dont l’authenticité s’affirme depuis 35 ans.
3. En tant que viticulteur, ma liberté s’exprime dans la vigne et mes choix écoresponsables : sans herbicides, fertilisation organique, travail du sol mixte et vendanges principalement manuelles. La coopérative me libère de la vinification et du marketing, ainsi je peux me focaliser sur le terroir. Le compromis est humain : l’égoïsme a progressé au détriment de l’esprit communautaire depuis la pandémie. Mon objectif est de faire revivre cette solidarité, car nous sommes plus forts ensemble.
4. Je crois en la valeur ajoutée de notre produit et j’envisage le futur avec optimisme. Le vin est un art de vivre auquel les nouvelles générations redeviennent sensibles. Notre réussite repose sur l’innovation de nos gammes Vignum, du crémant Poll-Fabaire, ainsi que sur des nouveautés comme le désalcoolisé ou le Spritzi. L’avenir exige un retour de nos vignerons sur le terrain : c’est notre relation fusionnelle avec la nature qui garantit la pérennité du métier. Il me tient d’ailleurs particulièrement à cœur que ceux qui dégustent nos vins sachent que Domaines Vinsmoselle incarne, d’abord et avant tout, leur travail et leur passion.
Le vigneron indépendant Marc Kohll - Domaine VitiKohll
1. Chez nous, le vin est une histoire de famille depuis 1714. Mon grand-père vinifiait, puis mon père a choisi de se concentrer sur la vente de raisins. En 2024, j’ai opéré un « retour aux sources » en rénovant notre ferme pour vinifier à nouveau à la propriété. L’élément déclencheur a été l’envie de piloter la qualité sur chaque parcelle pour retrouver à la dégustation la signature et le caractère de mon savoir-faire.
2. Depuis ce tournant, mon travail ne s’arrête plus aux portes du pressoir. Au vignoble, face aux sécheresses, j’investis massivement dans la vie des sols (compost, enherbement diversifié) pour stocker l’eau et nourrir sainement mes vignes. En cave, je passe de longues heures à piloter les fermentations. Porter l’identité du Domaine VitiKohll et gérer la commercialisation sont devenus des métiers à part entière. C’est une réorganisation totale, intense mais passionnante.
3. Ma liberté est de façonner, dans notre cave de 45 000 litres, une gamme axée sur la pureté du terroir : des vins frais et légers (rosé, pinot gris, cuvée blanche Kohllibri) aux cuvées haut de gamme élevées sur lies ou en barriques (riesling, pinot blanc, chardonnay, crémant). Ma fierté est mon auxerrois barrique, issu du lieu-dit Wintrange Felsberg, une vigne de plus de 40 ans où je travaillais avec mes parents. Faire revivre cette histoire et voir les retours positifs prouve que le courage de se lancer en valait la peine. En revanche, la charge administrative a explosé, j’ai dû mener les vinifications en gérant 16 vendangeurs, et l’investissement en équipements (pressoir, cuves, filtres) reste un vrai poids mental.
4. Être vigneron indépendant m’offre l’agilité nécessaire pour valoriser mon terroir face au marché, tout en construisant un avenir plus solide. C’est un choix stratégique et profondément humain où je trouve ma plus-value et une immense source d’épanouissement. Avec ce domaine, j’ai exactement atteint l’objectif fixé.